Les animaux aussi aiment modifier leur conscience

Si la recherche animale existe dans de nombreux domaines, c’est parce qu’il existe une continuité entre les réactions physiologiques chez les humains et chez les animaux – et pour cause : n’oublions pas que nous sommes des mammifères. C’est le cas notamment en ce qui concerne le système nerveux. Par conséquent, de nombreuses recherches sur l’effet des drogues utilisent notamment des animaux.

Cette similitude neurologique permet également de constater des parallèles comportementaux chez les uns et les autres. Parmi ces points communs, on relève chez les animaux et chez l’humain un même goût pour la modification de la conscience, et par conséquent une appétence similaire pour toute une gamme de plantes, de champignons et d’animaux pouvant entraîner les résultats recherchés.

On peut citer comme exemple les chats, qui adorent les effets de l’herbe à chats ou cataire. Après en avoir mâchonné, leur comportement change et ils se mettent à renifler, baver, se frotter partout et manifester une excitation sexuelle. Les mouflons et bouquetins affrontent des parois escarpées pour aller chercher des lichens hallucinogènes. Les éléphants sont connus pour leur goût pour l’alcool, qu’ils trouvent dans divers fruits fermentés tombés au pied des arbres. Ils en font une consommation déraisonnable qui les laisse dans un état inhabituel, entre léthargie et agressivité. En Californie, chaque année, des merles d’Amérique envahissent la petite ville de Pleasant Hill pour goûter aux délices du toyon, une petite baie rouge qui mûrit en février. Les oiseaux s’en gavent jusqu’à l’ivresse. Désorientés et confus, ils jouent à se poursuivre et entrent en collision avec des vitres et des voitures, certains y laissant la vie. Les insectes ne sont pas en reste : que ce soient des mites qui s’abreuvent de nectar de datura, des abeilles qui s’abreuvent à certaines orchidées, ou des coléoptères qui s’enivrent de la sève de chêne fermentée, ils font preuve d’un goût prononcé pour l’ivresse, s’exposant parfois un peu trop facilement à l’appétit de leurs prédateurs. Le milieu aquatique, enfin, n’échappe pas à la règle non plus. On a vu des dauphins se passer de bec en bec, comme un pétard, un pauvre poisson-globe qui passait par là. La neurotoxine qu’il sécrète lorsqu’il se sent menacé est une véritable drogue pour les dauphins, qui se mettent ensuite à nager un peu n’importe comment, notamment sur le dos.

On le voit, la recherche de l’ivresse est plutôt la règle que l’exception dans le monde animal. Des centaines d’espèces animales se droguent, et ce comportement est clairement intentionnel, vu qu’il est répété sans cesse, parfois à l’excès. Comme chez les humains, l’ingestion de ces substances sert divers objectifs : il peut s’agir d’une purge intestinale, d’un usage curatif ou préventif contre certains parasites, de divers usages médicinaux, de dopage pour la chasse ou le combat, ou encore – sans doute le plus souvent – d’un usage gratuit, juste pour le plaisir de l’ivresse. La modification de la conscience est donc clairement, dans le règne animal, un comportement quasi universel qui s’apparente à un instinct fondamental. Il est présent depuis des millions d’années, et… interdit, juste pour les humains, depuis cent ans. Une parenthèse qui ne devrait pas s’éterniser.

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